mercredi, 28 octobre 2015 13:47

Ethique et responsabilité en finance. Quo vadis ?

Écrit par

Paul H. Dembinski
Ethique et responsabilité en finance. Quo vadis ?
Paris, Revue-Banque éditions 2015, 124 p.

Cette belle synthèse ne traite pas d’abord de l’éthique de la finance, mais de l’éthique en finance. Elle repose sur l’intuition déjà mise au jour naguère par François Perroux, selon laquelle le système capitaliste consomme des valeurs éthiques qu’il est incapable de produire. L’éthique est donc une nécessité, présentée ici comme ce qu’elle doit être : l’agencement des con ditions juridiques, culturelles, professionnel les et personnelles qui favorisent au mieux l’affrontement de chacun aux dilemmes nés de la manipulation de l’argent. 
Pas d’amalgame, donc : chaque intervenant - épargnant, investisseurs publics et privés, intermédiaires professionnels - a des responsabilités qui lui sont propres. Et les problèmes qui se posent à eux sont traités sur trois niveaux pertinents : macrosocial, méso-professionnel ou associatif, et enfin personnel. 
Très rare en ce domaine, la triple compétence de l’auteur - à la fois cofondateur et directeur de l’Observatoire de la finance à Genève, président du Conseil d’administration des Rentes genevoises (organisme de gestion de pensions sous régulation publique), et professeur d’université - lui permet de mettre au jour les intersections des logiques multiples (politiques, professionnelles, financières et humaines) qui se croisent dans le complexe de la finance. 
Loin d’un moralisme fumeux, Paul Dembinski souligne la nécessité d’une connaissance précise des limites des outils conceptuels et informatiques qui permirent, dans ce qu’il appelle « les trente euphoriques » (des années 70 jusqu’à la crise commencée en 2007), d’occulter le questionnement éthique submergé par l’efficacité des calculs et des processus. En responsable de fonds de pension, il rappelle que la société ne peut pas demander à la finance des réalisations impossibles, comme une rentabilité immédiate déconnectée des investissements productifs, une gestion fine des flux monétaires malmenés par des politiques budgétaires irresponsables ou l’utopique suppression des risques. 
Cette synthèse très abordable - même si le lecteur peut regretter quelques facilités d’écriture, sans parler des coquilles parfois pleines d’humour, telle en première page « cette histoire de la crise trop fastueuse (sic) à rappeler » - conduit à cette évidence pleine de promesses : la nécessaire simplification et réduction du volume des activités financières.

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