mardi, 27 octobre 2015 14:09

Emerson

Écrit par

Raphaël Picon
Emerson
Le sublime ordinaire
Paris, CNRS Editions 2015, 344 p.

Raphaël Picon nous livre, pour notre plaisir et notre instruction, une riche biographie de Ralph Waldo Emerson (1803-1882), un « penseur » américain quelque peu oublié, qu’il faut ranger parmi les idéalistes qui ont à la fois rompu avec le passé politique et religieux de la vieille Europe, et inauguré dans ces Etats-Unis naissants un habitus de liberté, d’indépendance d’esprit et de générosité de pensée qui caractérise encore aujourd’hui l’Amérique enthousiaste des belles causes. 
Le sous-titre de cette biographie, Le sublime ordinaire, signale l’existence sans grand relief d’un pasteur libre d’Eglise, naturaliste, essayiste, relativement ordinaire, mais d’une âme qui cherche à se dépasser, à se « transcender », tout en insistant sur le devoir de reconnaître le divin partout dans la nature et de tracer dans la réalité sociale une figure durable de cet élan vers les étoiles. 
Au fur et à mesure de la lecture, on découvre une pensée moins naïve qu’on pourrait le craindre - où Platon joue un rôle non négligeable - et un engagement contre l’esclavagisme qui n’a rien perdu de sa valeur symbolique. Un thème dominant chez Emerson est étonnamment proche des modernes ouvrages sur la « condition du bonheur » : « Dés ormais le soi confiant doit se tourner vers le concret pour, à l’intérieur même des tensions et des antagonismes, dans l’enfer, le dégoût et la vermine, s’éduquer à faire triompher la conduite de la vie elle-même, son courant, son électricité. » 
Je retiens cette formule superbe, « la conquête des défauts par leur inclusion dans une vie plus riche ».

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