mercredi, 21 mai 2014 09:23

Ignace de Loyola

Écrit par

Pierre Emonet
Ignace de Loyola
Légende et réalité
Lessius, Bruxelles 2013, 192 p.

Voici un livre qui fait honneur à son auteur, au directeur de la collection (Petite bibliothèque jésuite) et à son éditeur belge. Il se lit comme un roman, à ceci près qu'il n'invente rien, bien au contraire.
Abreuvé aux sources historiques les plus sérieuses, il campe, avec toute la rigueur voulue, aussi loin de l'hagiographie dévote que de l'iconoclasme ignorant. Servie par une plume allègre, ce tableau du fondateur des jésuites met en relief les tensions permanentes entre l'attention aux personnes, le sens des contraintes sociales et la vision la plus large. Tensions particulièrement bien vues pour une histoire qui se déroule au XVIe siècle, en ces temps où la vision politique s'élargit aux dimensions du monde, et où, au même moment, s'affirme, comme en contrepoint dans le courant de la Renaissance et de la Réforme, l'individualisme. (Ce dernier mot désignait alors la responsabilité personnelle et non pas l'égotisme qui triomphe aujourd'hui.) C'est dans ce cadre culturel que la personnalité d'Ignace de Loyola prend tout son sens.
Certes, Pierre Emonet sj ne cache pas les contradictions du personnage, sa sensibilité exacerbée qui provoque en retour un autoritarisme parfois mal maîtrisé. Loyola : un gentilhomme bien élevé mais qui tranche avec détermination les dilemmes, un homme de pouvoir mais aussi de discernement, un fin calculateur mais qui accepte avec reconnaissance l'opinion d'autrui.
Ce qui rend cet ouvrage si attachant, c'est la capacité de l'auteur à incarner l'esprit du personnage dans des situations vécues. Sont particulièrement colorés les affrontements du héros avec ses compagnons (Simão Rodrigues, Nicolás Bobadilla...) mais aussi avec les personnes des deux sexes qui, l'ayant aidé, se croient autorisées à le régenter. Les points qui fâchent ne sont pas oubliés : la lettre à Canisius sur les hérétiques, les dévotions extérieures, la participation à l'Inquisition. L'explication n'emporte pas toujours l'adhésion, concernant notamment la fameuse formule des Exercices spirituels demandant de croire noir ce qu'on voit blanc si l'Eglise hiérarchique en décide ainsi. La référence à Erasme qui en appelle au « pape éveillé » contre le « pape endormi » ne peut que déplacer le problème.
Finalement, si la légende veut que Loyola soit tout d'une pièce, la réalité est composite. Le fondateur des jésuites reste ainsi une sorte de mystère qu'aucun dogmatisme ne peut évacuer. C'est peut-être le point essentiel établi par Pierre Emonet, celui où le croyant peut voir le doigt de Dieu.

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