jeudi, 16 mai 2013 13:49

La forêt du mal

Écrit par

La forêt du mal
Racine, Baudelaire, Proust
par Gérard Joulié
Lausanne, L’Age d’Homme 2012, 312 p.

Le lecteur aura plaisir à retrouver la plume de Gérard Joulié dans ces essais denses et sans concession. Le prétexte en est une relecture à frais nouveaux de trois « monuments » de la littérature française, Jean Racine, Charles Baudelaire et Marcel Proust.

Il ne s’agit pas de critique littéraire aseptisée. L’enjeu en est plutôt de retrouver les plaisirs de la littérature en fouillant le tréfonds de l’âme tourmentée de ces grands auteurs. En fait, c’est toute la tradition littéraire occidentale qui nourrit les branches, les feuilles et les racines entrelacées de la grande sylve impénétrable où Gérard Joulié fraye son chemin. Stendhal y croise Kierkegaard, Hugo, Joseph de Maistre et bien d’autres. Le Diable, toujours prêt à isoler ce qui ne doit être que distingué, apparaît à chaque avancée vitale, comme dans l’Evangile purifié de ses interprétations douçâtres. Les inquiétudes jansénistes de Racine croisent les tourments métaphysiques de Baudelaire, et l’acribie distanciée de Proust révèle, plus qu’elle ne cache, un psychisme torturé par l’angoisse existentielle.

En taillant son chemin dans cette Forêt du mal, Gérard Joulié révèle le ressort de ce qui le pousse à écrire : une lucidité douloureuse, exacerbée par les contradictions de l’expérience humaine. Loin de ces prédicateurs un peu diabétiques qui transforment en sucre le sel de l’Evangile, une sensibilité à fleur de peau conduit Gérard Joulié à mettre au jour le tragique et la dignité d’une existence humaine qui ne se paie pas de mots.

(choisir, mars 2013)

 

 

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