jeudi, 24 mai 2012 11:17

Ma vérité sur l'exclusion

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Ma vérité sur l'exclusion 
Les aveux du curé des Roms
par Père Arthur 
Paris, Bayard 2011, 140 p.

On se souvient du scandale médiatique suscité par quelques paroles du Père Arthur concernant le président de la République française, lors du renvoi des Roms à l'été 2010. Humblement, le Père accepta les remarques négatives de son entourage. Il livre ici ses aveux, avec la complicité d'un journaliste, non pas pour se justifier mais pour expliquer sa position. Ce livre est une explosion de compassion, qu'on lit avec beaucoup d'émotion.

Handicapé dès son plus jeune âge, celui qu'on nommait à l'école Jambe de bois et que sa mère destinait à un apprentissage de cordonnier - « ce sera bien pour toi... tu seras assis » - affirma qu'il voulait être prêtre. Il rejoignit les assomptionnistes, suivit une formation religieuse et universitaire, conscient que ceux qui se destinaient à la prêtrise dans les années ‘50 auraient à affronter des situations inédites. Passionné par l'infiniment petit, il étudia la physique en même temps que la philosophie.

Alors qu'il devait enseigner dans un lycée de l'Assomption, un contrordre le propulsa à Lille, capitale du catholicisme social, où il noua de solides amitiés et travailla d'arrache-pied. Il obtint ensuite l'autorisation de s'inscrire en physique nucléaire à la Faculté de Jussieu, Paris. Commença alors une autre aventure, celle d'une expérience de communauté auprès du monde scientifique, qui sera un succès.

S'en suivront d'autres : celle d'aumônier de prison, d'aumônier des rues en milieu des prostitué(e)s, des exclus, des Roms, des bateliers où il célébra chaque jour l'eucharistie sur son bateau Je sers. Il se rendit compte alors qu'il s'était laissé emporter par le jeu médiatique, que cette aventure du Je sers était devenue son affaire personnelle. Il décida par humilité d'y mettre un terme.

Le Père Arthur confie ici ses moments de solitude, ses angoisses, son admiration pour l'Abbé Pierre, pour le Frère Roger Schutz, Jean Vanier, Mgr Gaillot, Lola, Hugues. Le livre se termine avec un aveu sur ce qu'il appelle son « état de prière ». Un autre homme que choisir connaît bien, Georges Haldas, avait parlé, lui, d'état de poésie. Entre ces deux êtres peu ordinaires, un pont est jeté.

(choisir, février 2012)

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