samedi, 10 janvier 2009 02:57

Karl Barth

Écrit par

Karl Barth 
Présentation et interprétation de sa théologie
par Hans Urs von Balthasar 
Cerf, Paris 2008, 574 p.

Lorsqu'un grand théologien écrit sur un autre grand théologien, il ne peut être question que de théologie. Et s'agissant de l'écrit d'un théologien catholique sur un théologien protestant, tous deux Suisses, notons-le, l'œcuménisme est à l'ordre du jour. Un œcuménisme compris comme une recherche de convergences à ce niveau où ne sont plus seulement en jeu les contenus de la foi et de la doctrine, ou des pratiques cultuelles, mais les « formes de pensée » qui commandent de l'intérieur une théologie en tant que telle. Pour Karl Barth, qui retrouva la dimension ecclésiale de la théologie (Kirchliche Dogmatik), la forme de pensée catholique, telle qu'elle s'exprime dans l'analogie, est absolument irrecevable car, à son sens, c'est une manière larvée de prendre humainement la mesure du divin. Pour Erich Przywara, jésuite allemand qui inspira profondément Hans Urs von Balthasar, l'analogia entis est au contraire une affirmation d'une transcendance de Dieu toujours supérieure aux « ressemblances » que l'homme peut se donner en représentation. L'auteur note avec soin tout ce qui dans l'évolution de Barth corrige la véritable cassure introduite entre Dieu et l'homme, une sorte d'anti-humanisme entraîné par le refus de l'humanisme du protestantisme libéral. Et il scrute avec autant de souci ce qui, parmi les théologiens catholiques, a pu être une surévaluation des mérites et des apports de l'homme à son salut. « Alors pourra croître du côté catholique la compréhension pour toutes les affirmations de Barth qui s'y rapportent, affirmations qui selon ses assurances répétées (…) visent à approfondir le sens de la distance entre l'absolu et le relatif. » Un beau livre, exigeant, dont il a fallu attendre la traduction française durant cinquante ans.

Philibert Secrétan

(choisir, septembre 2008)

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