vendredi, 09 janvier 2009 21:55

Sur ma mère

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Sur ma mère 
par Tahar Ben Jelloun 
Gallimard, Paris 2008, 270 p.

Cela commence comme une bouffée de bonheur, une plongée vivifiante dans le Maroc d'hier et d'aujourd'hui, entre Fès et Tanger, à travers les souvenirs personnels d'une femme simple et pieuse, recueillis respectueusement par un fils profondément aimant. Mais atteinte de la maladie d'Alzheimer, la mère de l'auteur, femme « illettrée mais pas inculte », qui ne parle pas d'amour mais qui le donne sans relâche aux siens, chemine vers la mort, entourée de ses enfants qui viennent la voir régulièrement. Au gré des visites, elle raconte son passé, son présent, parfois paisiblement, parfois dans la terreur de la solitude où l'enfonce l'avancée de la maladie. Elle s'accroche alors à ses fils et à Keltoum, sa garde-malade, intendante et amie dévouée, quoique souvent en colère. Ne vivent-elles pas ensemble depuis plus de 20 ans ? Relation banale en Orient de co-dépendance entre maîtresse et « bonne ». On se réchauffe au début à ces pages pleines de pudeur et de simplicité des cœurs ; on les savoure. Mais au fur à mesure qu'on les tourne, la maladie et la déchéance gagnent du terrain. Les conversations entre mère et fils se font rares, les monologues confus de la malade envahissants. Et lorsque le délire s'empare des mots, des lignes, des pages, la lassitude prend le relais. On en vient à attendre la chute, le décès de cette femme, comme une délivrance. Mais on n'ose fermer le livre, par égard pour elle, pour son fils et pour leur lien. C'est là tout l'art de Ben Jelloun. Nous mener à accompagner jusqu'au bout, sans fioriture ni mièvreries, dans la délicatesse et le respect, une femme âgée, une mère, vers la mort.

Lucienne Bittar

(choisir, juillet-août 2008)

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