mardi, 31 janvier 2006 00:00

L'auto jaune. Parcours au travers d'une folie

Écrit par

L'auto jaune 
Parcours au travers d'une folie
par Dominique Scheder 
Favre S.A., Lausanne 2005, 160 p.

Attachez vos ceintures ! Le parcours que vous allez entreprendre n'est pas des plus tranquilles. Comment pourrait il l'être puisqu'il se veut « voyage » au travers d'une folie ! L'auto jaune était, dans les années '50 et ‘60, l'ambulance qui conduisait les malades à l'hôpital psychiatrique et l'auteur de ce récit l'a souvent utilisée. Au sortir de l'adolescence, on diagnostique chez lui une schizophrénie paranoïde évolutive. Deux « êtres » se partagent son monde, le petit Pierrot, l'enfant qui flirte avec les anges, en quête de protection et de chaleur, et l'autre, celui qui porte tous les malheurs de l'humanité sur ses épaules. De crises en crises, de chutes en rechutes, de délires euphoriques en désespoirs, il effeuille pendant près de trente ans le calendrier de sa folie, dans un univers qui souvent se disloque comme la banquise en pleine débâcle et s'avance sur des abîmes sans fond. A lire ce récit, on prend conscience de cette douleur indicible qui se niche au fond de ces êtres ballottés. Dans ses « bons » moments, l'auteur vit un grand amour avec une épouse qu'il aime depuis l'adolescence, une compagne hors du commun pour laquelle il égrène les plus beaux poèmes, mais qui malheureusement sera emportée par un cancer. L'auteur est poète, musicien, chanteur. Il donne de nombreux concerts et les mots sont sa force. Ils coulent comme une rivière sur des galets polis ou rugueux et on sait bien que ce sont les pierres qui font chanter les rivières. Ils sont témoins de ses désarrois, de ses désespoirs, de ses désirs de mort. Mais la foi sera pour lui une amie fidèle qui lui permettra de construire un pont entre les deux rives de sa personnalité. Au bout de ce long parcours, sa maladie finalement maîtrisée, il animera le Groupe romand d'accueil et d'action psychiatrique (GRAAP) et, le deuil de sa chère épouse surmonté, découvrira une nouvelle fois l'amour. C'est sur un chant d'espoir que ce livre se termine et sur des mercis à toutes celles et ceux qui l'ont accompagné. Sans elles, sans eux, il serait sans doute mort de soif.

Marie Luce Dayer

(choisir, février 2006)

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