mardi, 31 janvier 2006 00:00

Glenn Gould. Le dernier puritain

Écrit par

Glenn Gould 
Le dernier puritain
par Kevin Bazzana 
Buchet Chastel, Paris 2005, 698 p.

Les éditeurs nous « confient » que cette biographie de l'homme hors du commun que fut Glenn Gould est « définitive ». Pour l'écrire, l'auteur a passé 20 ans à puiser dans les souvenirs de ceux qui l'ont connu ainsi que dans les archives de l'intéressé (journal intime, brouillons de lettres, listes d'intérêts, partitions annotées, etc.). Il nous est donc offert ici une œuvre qui fait autorité et qui, selon un critique, met en évidence la complexité de Gould « homme » et de Gould « artiste ». Sorte de météore qui a traversé notre ciel pendant 55 ans, Gould est né à Toronto en 1932 et y est mort en 1987, après avoir sillonné le monde pendant 5 ans comme pianiste concertiste de haut vol, puis avoir, pendant 20 ans, enregistré la musique qu'il aimait, produit de nombreuses émissions de radio, de télévision et même des films. D'une intelligence supérieure, il est prodige dès son enfance mais souffre d'hypocondrie. Pour résister à tous ses malaises, ses maux, il court les médecins et ingurgite des milliers de pilules de toutes sortes. Obsessionnel, il évite tout ce qu'il considère comme dangereux (transports en commun, hôtels, malades et mille autres choses encore). A côté de la musique qui doit, dit il, être jugée en fonction de critères moraux plutôt qu'esthétiques (on a dit qu'il transcendait le monde matériel et qu'il était possédé par la musique), il lit énormément et se pique d'être compositeur, éditeur, auteur. Il considère sa carrière de concertiste comme un moyen d'acquérir argent et renommée qui lui permettront de se vouer à la composition. Mais s'il possède le talent et le tempérament voulu pour le devenir, il n'en a pas la formation et est trop orgueilleux pour demander l'aide de personnes plus qualifiées. Il connaît donc dans ce domaine un succès mitigé. On a beaucoup parlé de ses angoisses, excentricités, narcissisme, mélancolie, vie intime.... Là dessus le mystère demeure... Mais ceux qui l'ont fréquenté de près parlent de lui en termes chaleureux : joyeux, enthousiaste, plein d'humour et très drôle. Près de 700 pages de biographie ne peuvent se résumer en quelques lignes. Ceux que le phénomène « Gould » intéressent trouveront ici de quoi satisfaire leur intérêt et curiosité. La queue d'une comète est lumineuse... La vie posthume de Gould l'est donc à plus d'un titre et ne peut que plaire à ceux qui aiment ses interprétations que l'on a toujours qualifiées de géniales.

Marie-Luce Dayer

(choisir, février 2006)

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